Des castes... qui s'aiment pas
 
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 L'alcool tue lentement. On s'en fout, on n'est pas pressés.

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Hermod

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Messages : 62
Date d'inscription : 20/07/2013

MessageSujet: L'alcool tue lentement. On s'en fout, on n'est pas pressés.   Lun 27 Oct - 22:32

Il avait trop bu, encore. Les effets de l'alcool étaient passé de la douce impression de flottement à celle d'être debout sur un speeder sans stabilisateur lancé à pleine vitesse dans une course des bas fonds. En parlant de course de speeders, il devait y'en avoir une actuellement, il s'y serait bien rendu, ne serait-ce que pour se faire un peu d'argent sur le dos des coureurs assez fou pour se mettre en piste sans un véritable véhicule. Ce n'est pas ce qu'il manquait, les fous, dans les bas quartiers. Qui voulait se faire de l'argent facile et rapide sans risque devait aller chercher ailleurs. Qui voulait tout simplement vivre sans risque devait aller chercher ailleurs. Mais pour cela, il fallait de l'argent, et pour gagner de l'argent, suffisamment d'argent pour s'enfuir, il fallait risquer sa vie ou être la coqueluche d'un des seigneurs du bas.

L'ex-chirurgien des Saigneurs se mit à dodeliner de la tête devant son verre qu'il repoussa vers le serveur derrière le comptoir pour lui demander de le resservir. L'employé de la cantina pris le verre et le posa derrière le comptoir en secouant la tête.

-T'en as eu assez pour ce soir, Veg.
-Roh, allez, m'dis pas .. m'dis pas qu't'vas fermer. J'te croirais pô.


Le blond tendit la main pour avoir un verre, le regard dans le vague et avec des difficultés à se concentrer pour faire des gestes précis. Il était déjà à moitié affalé sur le bar depuis deux verres, en équilibre précaire sur son siège qu'il avait fini par abandonner pour s'agripper tant bien que mal, les jambes tremblantes pour se tenir accoudé sur le plan de travail. Son droïde gonk collé derrière ses talons comme pour l'empêcher de glisser plus loin. Il s'était assis dessus à un moment donné avant de se relever, comme surpris et bafouillant des excuses malhabiles à la petite machine qui s'était contenté de faire quelques bip-bip.

- T'as eu ton compte, Veg. J'suis même pas sûr que tu puisses me payer.
- Si, si, si ! J'ai.. j'ai une puce de crédits eh pi j'ai des .. des..


Vegtam fronça les sourcils, se concentrant pour trouver ses mots et surtout pour retrouver sa précieuse puce dans une de ses poches, ses doigts tremblants, son esprit complétement embrumé. Il chercha ainsi dans ses poches pendant quelques minutes avant de se rendre compte que le serveur était parti servir un autre client et de se souvenir qu'il n'avait plus de puce de crédit valable depuis au moins deux semaines. Il haussa les épaules et tapota doucement la carlingue métallique du droïde gonk pour lui faire comprendre de s'éloigner de ses pattes s'il ne souhaitait pas qu'ils se retrouvent tous les deux à terre, les quatre fers en l'air et probablement pas en état de se relever.

- Shhh Cropette, on va partir discrèèèètement!

Avec une démarche exagérée et suivi par le petit droïde qui éructait bruyamment des bip et des boups, ils sortirent de la cantina, louvoyant pour éviter toutes sortes d'espèces, dont certaines dont il n'était même pas sûr de connaître le nom. Une fois dans la rue, il posa une main sur son cœur et l'autre sur le mur pour le soutenir, peinant à retenir tout cet alcool qui ne souhaitait qu'une chose : retourner à l'air libre. Pendant quelques secondes, Vegtam envisagea de se diriger vers une autre cantina ou de prendre une bouteille à un vendeur de rues pour finir sa soirée, mais un haut le cœur le fit hésiter pendant quelques secondes de trop – ou quelques minutes, il n'avait plus trop la notion du temps, ainsi perché contre le mur à reprendre son souffle et tenter de calmer sa nausée.

- Eh bien, eh bien. Ne serait-ce pas le petit Vegtam que voilà ?

Le blond releva la tête pour voir arriver un zabrak suivi d'une clique d'hommes de mains aux mines patibulaires et au regard vitreux, tous armés avec des barres de métal, électrifiées ou non, des blasters de mauvaise qualité et des vibrolames qui auraient fait peur à n'importe quel médecin. Il relâcha sa prise sur le mur et se mit à reculer tant bien que mal, les yeux écarquillés de peur. Il avait reconnu le zabrak et savait exactement pourquoi celui-ci l'avait interpellé. Il s'emmêla les guiboles et s'étala de tout son long sur le trottoir, sentant ses dents claquer violemment entre elles. Il se retourna sur le ventre tant bien que mal et se hissant péniblement sur ses coudes pour fuir vers une galaxie avant de se faire arrêter par un pied au milieu du dos. Il se retrouva écrasé contre le sol à loucher sur les détritus qui jonchaient les ruelles de Nar Shaddaa, sa joue collée contre le permabéton. Il ne tenta pas de résister ou de se redresser, il savait comment cela allait se passer, il avait été pendant longtemps celui avec la botte qui appuyait dans le creux des reins.

Vegtam leva les yeux vers l'homme qui s'était accroupi face à lui, les lèvres tremblantes. Ses pupilles s'écarquillèrent lorsque le zabrak lui tapota la joue d'une main faussement aimable. Toute ébriété avait presque disparu avec la peur qui lui dévorait les tripes. Il se voyait déjà entraîné dans une ruelle pour subir une vivisection. Même s'il ne voyait pas quel organe pouvait être en assez bon état pour être intéressant pour cette bande.

-J-j'aurais l'argent, oui, oui b-b-b-bientôt !
- C'la combien d'fois qu'tu nous dis ça ? 2 ? 3 fois?


Vegtam secoua la tête frénétiquement avec un air désolé, oui, oui cela faisait plusieurs fois, plusieurs jours qu'il avait pas payé, qu'il devait payer. Mais l'argent il en avait pas, il s'empressait de le dépenser en boisson, s'abrutir d'alcool pour ne pas être tenté par un stim. Réflexe complétement stupide direz vous, une fois beurré on a d'autant plus tendance à faire des conneries. Mais que voulez-vous ? L'esprit humain est plein de contradictions et d'addictions. Plus il buvait, plus ses mains tremblaient et moins il était capable de faire de la minutie. A tel point que toute réparation ou opération devenait une torture ou un fouillis innommable. Il y'avait des jours où même le verre d'alcool ne parvenait pas à monter plein jusqu'à sa bouche.

- D-demain, juré!
- Arios, casse lui un doigt.
- Qu-quoi ? N-non ! J'en ai b-besoin pour--


Le reste se perdit dans un cri de douleur précédé de deux craquements. Il se débattit frénétiquement pour ne récolter que plus de douleur à tortiller ses doigts brisés dans l'emprise de l'homme qui les lui agrippait. Il sentit le pied bouger de place pour arriver au milieu de ses omoplates et son poignet tiré en arrière alors que le bras se faisait tirer en arrière. Il sentait la douleur, l'étirement des muscles, les cris de protestations des ligaments. Il se mit à balbutier des excuses, des supplications, à implorer et à jurer qu'il payerait le double mais qu'on lui laisse son bras en état. Il ne reçu sur la joue qu'un doux tapotement et un 'il fallait y penser avant' suivi d'un 'que le prochain qui essaie de nous gruger y repense à deux fois' beaucoup plus fort. Et là, il cessa de compter les coups, la douleur et tenta de se replier sur lui même pour protéger sa cage thoracique et sa tête. Quand ils l'abandonnèrent, il ne pu que vomir tout ce qu'il y'avait dans son ventre, et qu'il n'y avait plus. Il était dégueulasse, plein de sang, de douleur et d'alcool.

Combien de temps il mit à se relever ? A ne plus trembler pour pouvoir tenir mollement sur ses genoux qui s'entrechoquaient ? Il ne savait pas, mais probablement beaucoup trop longtemps. Cropette lui heurta le genou et trépigna sur place. Cropette qui le suivait partout. C'était son bijou, il l'avait réparé, il y aurait bien planqué de l'argent, de l'alcool, une recette miracle. Mais non, tout ça ce n'était que des rêves de gamin. Putain qu'il regrettait son enfance. Il avait tellement merdé, ses doigts de fée n'avaient rien fait de bon et maintenant ils tremblaient, ils étaient brisés. Il se traina péniblement vers la cellule qui lui servait de couchage. Juste assez de place pour un matelas et quelques objets. Taper le code d'entrée s'avéra être un véritable parcours du combattant. Il se soutint sur le cadre de la porte, remarquant à peine les traces de brûlures qui étaient dessus pour laisser passer son droïde. Cropette alla se placer tranquillement dans un recoin, laissant l'humain s'affaler misérablement sur ses draps qui avaient dû avoir un jour une autre couleur que le gris trottoir.

A moitié couché en chien de fusil, berçant son bras contre lui, ses doigts brisés dans sa main gauche, il fixa avec un air absent l'énorme boursouflure de la cicatrice qu'il n'avait jamais pris le temps de soigner et se mis à sangloter. D'un sanglot lourd d'enfant.

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Hermod

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MessageSujet: Re: L'alcool tue lentement. On s'en fout, on n'est pas pressés.   Lun 27 Oct - 22:32



Le premier souvenir de Veg, le premier souvenir concret, autre que quelques couleurs, sensations ou images était indubitablement la 1ère fois où son père l'avait emmené avec lui à une course de fonceurs. C'était également la 1ère fois où Niklaus allait partir avec lui sur le champ de rouilles. La 1ère fois où le petit blond serait le 'chef' de la famille. Le garçonnet était encore tout jeune, il n'avait pas souvenir d'avoir fait beaucoup de kilomètres de lui même depuis qu'il savait marcher. C'est peut-être pour cela qu'il avait fait la dernière partie du chemin sur l'épaule de son père. En sac à patate, parce que c'était selon lui ce qu'il y'avait de moins dangereux, et surtout la seule façon qui semblait logique à Koz, encore bien imbibé par l'alcool. Non pas que Veg se souvienne l'avoir jamais vu réellement sobre.

Le père et le sac à patate qu'était l'enfant était suivi par une procession d'enfants. Nik avec ses cheveux aussi blonds que son frère et ses yeux d'un bleu glacé qui trottinait allègrement sur ses petites jambes en remontant péniblement les nouveaux habits qu'on venait de lui offrir. Du moins dans le nouveau il fallait noter qu'ils avaient déjà servi à plusieurs générations d'enfants de rouilles et qu'il s'agissait plutôt d'un rendu qu'un donné. Derrière lui se trouvait les triplettes ; Mak, Kam et Akam. Un garçon et deux filles dont il était souvent difficile de savoir qui était qui. Ils venaient de fêter leurs 9 ans et demi et leur 4ème année où ils allaient se joindre à l'expédition aux champs de rouilles, le champ de rouille était surtout une immense décharge où se trouvaient les déchets des niveaux supérieurs avant qu'ils ne soient détruits et compressés. Les 3 étaient aussi bruns que les deux frères étaient blonds et trottinaient déjà depuis belle lurette, ils étaient vêtus de vieilles affaires défraîchies, trop petites pour eux et accompagnaient souvent Koz lorsqu'il partait travailler ou allait boire un coup.

Koz ne considérait pas les triplettes comme ses gosses mais acceptait leur aide sans jamais rechigner. En échange il les laissait le suivre et les pistonnait quand ils avaient besoin de quelque chose. Les Triplettes faisaient partie de la masse de gamins des rues suffisamment débrouillards pour s'en sortir. Ils vivaient chez Ozur, un vieux technicien dont un bras avait été amputé après que le tétanos ait infecté une plaie qui semblait bénigne. Ozur attendait d'eux qu'ils ramènent de quoi se nourrir et leur apprenait les ficelles du métier, il les laissait ensuite traîner chez lui, leur laissait les affaires des autres enfants qu'il avait hébergé et surtout les traitait comme ses propres gosses. Koz et Ozur faisaient souvent partie de la même expédition, ils ne se cherchaient donc pas d'embrouilles et acceptaient la présence et l'aide l'un de l'autre d'une manière bourrue et muette. Les Triplettes avaient donc toujours fait partie de la vie de Veg de loin en près.

Les premiers fonceurs passèrent devant eux. Il s'agissait surtout de jeunes avec des véhicules trop transformés pour être viables qui concourraient dans les rues et les places dont l'architecture défraîchie (volontairement ou non par les gangs et les tirs de blasters ou accidents rendaient l'espace intéressant pour des courses d'obstacles dont se délectaient les gamins) pour espérer empocher quelques centaines de crédits et peut-être une place dans un gang si ce n'était pas déjà le cas, dans ce genre de situation il s'agissait alors d'affirmer sa position. Le petit blond glapit et s'agita frénétiquement en cherchant à se débattre pour pouvoir voir ce qui se passait. Son père le laissa retomber un peu brusquement et s'éloigna vers un homme qui tenait des paris, sortant quelques crédits des poches de sa tunique. Veg se releva avec une petite moue d'enfant de 4 ans contrarié. Amak, ou était-ce Mak ? L'épousseta en ricanant et le traîna par la main en poussant les jambes des adultes amoncelés sur le semblant de piste. Les véhicules se mettaient progressivement sur la ligne de départ tandis que les retardataires s'éloignaient des rues pour éviter de se faire faucher par des conducteurs peu scrupuleux de renverser qui serait assez fou pour se trouver sur leur chemin.

Certains pauvres hères étaient payés pour ça, Veg l'apprendrait bien plus tard. Pour l'instant il était trop concentré à admirer les couleurs bigarrées des véhicules et à regarder avec impatience les conducteurs cesser de se rentrer dedans pour grimper sur leurs fonceurs. Ici personne ne se fatiguait en discours, car ici personne n'avait besoin de paroles, de paroles et de paroles pour comprendre ce qui se passait. Au mieux on dédiait la course à un événement ou une personne, sinon on se contentait de rappeler sommairement les règles et à hurler le prix avant de lancer le départ. Les enfants trépignaient comme le reste de la foule hétéroclite qui espérait repartir plus riche de quelques crédits. La richesse. On peut souvent évaluer une famille par la richesse. La richesse de son amour, de sa culture, de son argent, de son patrimoine. Qu'importe le sujet, on peut juger. Rien de plus facile après tout que de partir dans des élucubrations à propos de quelqu'un juste par l'image qu'il donne. Celui là a des beaux habits, un port fier et altier : il doit être enfant de bonne famille. Et celui là avec des tâches partout, les cheveux mal coiffés et ses grosses lunettes informes... il ne doit pas se nourrir tous les jours. Qu'en pensez vous ?

Ce moment d'impatience collective était surtout le moment où les mains aux doigts agiles se déliaient pour arrondir les fins de mois. Ceux pris sur le fait finissaient parfois attachés sur le capot d'un fonceur, pas toujours entiers, ou étaient précipités au milieu de la piste au moment du départ. C'est pourquoi l'atmosphère était d'autant plus électrique, à couteaux tirés, littéralement et réellement puisque quelques gamins étaient tenus par le col de leur tunique par des mastodontes pas très heureux d'avoir été délestés de leurs crédits. Ces gamins furent balancés devant les fonceurs lorsque le signal du départ fut lancé et ceux qui y survécurent rampèrent lamentablement vers le trottoir, qui hurlant de douleur sur les moqueries de la foule, qui pleurant le pantalon mouillé, qui en espérant ne pas se faire arrêter et renvoyé au prochain tour.

Certains véhicules n'étaient pas partis, problèmes de démarrage ou explosion spontanée (ce qui arrangeait toujours les parieurs), en tous les cas sur la trentaine de fonceurs sur la ligne de départs, seul une vingtaine fini le premier tour, le nombre baissant progressivement au fur et à mesure où ils repassaient. Rapidement lassé par le passage répétitif et fatigué par les cris hystériques des parieurs, il lança un regard aux alentours pour chercher son frère du regard. Celui-ci avait réussi à se percher avec Mak et une de ses sœurs sur un bidon renversé et agitait les bras en hurlant le nom d'un membre de gang particulièrement en vue. Trainant par le bras Kam, ou Akam, il se rapprocha d'eux et couina légèrement en levant les bras pour qu'on le hisse également. Avec une moue Niklaus refusa tout d'abord avant que les triplettes se chargent de hisser le plus petit avec les autres et que Mak le hisse sur ses épaules déjà musclées pour un enfant de son âge.

Veg craignait un peu de se retrouver seul à l'appartement. Celui-ci était toujours vide, toujours silencieux. Il n'y errait que le bruit de pas félins de deux gros rats et le sentiment amorphe que ressentent ces petits ouvriers qui rentrent le soir de l'usine. Tout sentait la petite pauvreté, celle que les hommes nomment moyenne classe.. tout sentait les produits à bas prix achetés à la petite épicerie du coin, l'odeur douceâtre des fruits passés et la lessive restée trop longtemps au placard. Le linoléum se décollait lentement du mur, trop rongé par l'humidité qui s'infiltrait par tous les pores de l'habitation. On sentait presque cette maison vivre, soupirer d'un long tremblement douloureux, d'un soupir de malade qui a passé trop de temps au lit et qui n'attend que de pouvoir se lever et faire quelques pas dans l'herbe et surtout de pouvoir sentir la douce caresse du soleil réchauffer sa peau trop pâle. Il n'y avait pas de jardin, juste un vieil arbre, plus vieux que l'habitation qui trônait pitoyablement devant, un arbre en hologramme, aussi pitoyable que la rue dans laquelle il avait été posé. Il semblait avoir perdu ses feuilles et ne restait que le squelette tremblotant d'un fantôme de rêves. Rien que le mot 'arbre' faisait bizarre sur la bouche des enfants du coin qui s'amusaient à passer en riant entre les raies de lumière pour voir se refléter sur eux l'image.

Veg était déjà tout rire et sourire et regardait son frère sauter, assis sur le bord du semblant de trottoir, surveillé de loin par des gamins plus grands ou des prostituées qui racolaient bruyamment des clients tardifs ou naïfs qui repartiraient probablement avec quelques maladies vénériennes. Sa mère n'était pas à la maison avant tard le soir et le gamin était trop abruti par la fatigue pour la voir passer. Ils dormaient et vivaient tous dans la même pièce, partageant une paillasse plus qu'un lit et le corps de leurs parents contre celui des deux frères avait souvent été plus une ombre dans le tissu qu'autre chose. Sa mère avait le ventre rond et Niklaus n'avait pour une fois pas de réponses aux questions de son petit frère.

Koz leur avait dit qu'ils allaient avoir un autre petit frère, ou autres. Il n'avait pas l'air particulièrement heureux de l'état des choses mais n'avait pas plus argumenté avant de prendre sa dose d'épice. Les deux gamins avaient alors haussé les épaules. Ils savaient pertinemment comment se faisaient les enfants et comment le corps et les organes sexuelles fonctionnaient. Ils avaient déjà vu des hommes et des femmes en action. Que ce soit leurs parents lorsqu'ils faisaient semblant de dormir ou deux personnes derrière une tenture dans un recoin d'une ruelle. Ils partaient en courant et riant lorsqu'on les remarquait et se séparaient, l'un pour disparaître dans un tas d'ordures et l'autre pour disparaître dans la foule des badauds de leur étage.

Nik n'était pas nécessairement beaucoup plus vieux que son frère mais avait déjà ce sentiment d'être plus fort et plus haut que lui par le fait que son père allait l'emmener avec lui sur le chantier de rouilles. Sa mère quant à elle était trop fatiguée par le travail et sa grossesse pour pouvoir s'occuper de deux gamins en pleine forme. Veg était plus facile à vivre car perpétuellement heureux de ce qu'il faisait. On pouvait le laisser seul sur le bord du trottoir qu'il parviendrait à rire et à se fendre la poire.

On disait que la marque sur sa lèvre était une façon pour lui d'exprimer sa joie. Un sourire par trois ouvertures. Un jour Ozur lui avait dit qu'il s'agissait d'un bec de lièvre. Mais Veg ne savait pas ce qu'était qu'un lièvre et cela ne lui importait pas. De toute façon, on n'en voyait plus que la marque et un léger rehaussement de la lèvre là où un toubib avait recousu la malformation après avoir replacé son nez et un palais. Le gamin avait eu le droit à sa première cuite comme son père avait déclaré peu après et grommelé sur le coup exorbitant qu'avait demandé le 'praticien' pour soigner l'enfant. 'C'rait 'té m'eux c'l'avait v'cu 'vec. Pi même c'l'vait p'v'cu on 's'rait fait'. Puis il avait pris l'enfant sous son bras et l'avait ramené avec une moue jusqu'à chez lui et lui avait ébouriffé les cheveux avant de le poser au lit où il avait passé plusieurs jours dans un état second. Nik n'avait d'ailleurs de cesse de le lui rappeler, combien il avait glandé et perdu en jeux géniaux avec les autres enfants du voisinage.

Ce fut avec un rire ravi et un petit cri de joie que le gamin se retrouva perché sur les épaules de Mak, il s'accrocha aux mèches de cheveux bruns qu'il relâcha aussitôt en sentant le grognement poindre sous lui. Son attention pour la course s'accrut à nouveau et il poussa des petits cris de joie lorsqu'il entendit son père pousser un cri d'approbation, heureux de sentir et entendre que celui-ci était content.
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Hermod

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MessageSujet: Re: L'alcool tue lentement. On s'en fout, on n'est pas pressés.   Lun 27 Oct - 22:33



On l'avait surnommé Veg la babille, car il était impossible de le faire taire et surtout que personne ne bectait un seul mot de ce que le petit pouvait piailler. Non pas que ses phrases ne voulaient rien dire, du moins pour la plupart. Mais le flot de paroles sans début ni fin n'était ni articulé, ni même réfléchi pour l'être. Alors le petit parlait pour parler, personne ne l'empêchait réellement. De toute façon, pas comme si cela allait arrêter le gamin. Au mieux il faisait une pause pour reprendre sa respiration avec un large sourire et fixait avec de grands yeux jusqu'à que l'un des deux craque et laisse l'autre s'exprimer. Quand son père partait travailler et qu'il ne l'emmenait pas avec lui sur les réparations, Veg partait tranquillement explorer les ruelles sur ses petites jambes.

Il était maintenant moins pataud et pouvait sans peine parcourir des kilomètres et retourner chez lui. Il préférait partir accompagné, de préférence d'ailleurs par Nik ou un des Triplettes, mais n'importe quel compagnon de voyage était le bienvenue. Il ne fallait pas non plus croire que le gamin était naïf et idiot. Il savait pertinemment où il allait et qu'il fallait se méfier de tout un chacun. Il parlait, parlait mais rarement pour se mêler aux adultes des autres rues qu'il ne connaissait pas. Avant d'accorder sa confiance à quelqu'un il avait fait une règle d'or d'attendre de voir si un des adultes référents ou d'autres gamins qu'il connaissait leur adressait la parole plus d'une fois. Il fuyait lorsqu'un homme louche lui parlait, il répondait poliment à ceux portant des insignes de gang bien en évidence et la fermait face à ceux menaçants.

Quand il commençait à fatiguer et qu'il savait que la maison serait vide, il allait s'installer chez Ozur ou chez Cleon et les regardait travailler avant de rejoindre son frère ou son père lorsque l'un d'eux rentrait. Parfois, lorsqu'il ne se sentait pas trop fatigué il allait même jusqu'à la cantina où il savait que son père avait pour habitude de traîner, voir lors de ses meilleurs jours là où sa mère travaillait et allait attendre dans une alcôve qu'elle sorte de derrière l'un des rideaux. Il était une fois rentré dans la pièce où elle se trouvait et elle avait été très très en colère après lui car il avait fait fuir le client sans qu'il ne paie ses services. Il attendait depuis qu'elle sorte ou que son / sa / ses clients s'en aillent pour la rejoindre. Depuis qu'Asa était née, sa mère avait moins de temps pour lui ou Nik et se consacrait essentiellement au bébé. Son père n'avait pas accueilli avec beaucoup de joie l'annonce du sexe de l'enfant mais l'avait tout de même reconnu et lui avait donné un nom dans les 9 jours qui suivaient comme le voulait la coutume familiale. Il était ensuite aller se prendre une murge au plus proche boui boui comme si de rien n'était.

Les cris et vagissements du bébé énervaient beaucoup le garçonnet qui pinçait le nourrisson lorsque sa mère ne regardait pas en lui chuchotant frénétiquement de baisser d'un ton parce que lui aussi voulait faire dodo. Depuis quelques temps, il se reposait les yeux – et non pas une sieste comme se moquait allègrement Cléon lorsque son corps se déposait doucement contre un coupleur d'énergie. Cleon était un des clients et patrons de son père, si l'on pouvait nommer cela comme ça. Il faisait partie des techniciens des Saigneurs et avait longtemps été l'un des combattants les plus en vue du secteur. Il ne fallait d'ailleurs toujours pas lui chercher des noises de peur de finir encore plus défiguré que lui.

La moitié du visage de l'homme n'était qu'une énorme brûlure boursouflée dans laquelle un œil brun-rouge détonnait et une oreille à moitié arrachée semblaient se battre en duel pour survivre parmi les chairs calcinées. On disait qu'il n'était pas tout à fait humain, mais cela importait peu. Comme si quelqu'un du secteur était réellement un humain, à part entière voulait dire. Veg n'aurait pas été étonné d'avoir des gênes autres, voir d'être plus un proche-humain qu'un représentant de cette race. A vrai dire, toute cette notion de race était encore un peu flou pour l'enfant et il n'avait pas vraiment de modèles sur lesquels se baser pour savoir de quelle race il faisait parti et surtout à laquelle se comparer.

Ce fut Cléon qui l'initia en premier à toucher des armes, à comparer des batteries énergétiques de blaster ou de fusil blaster. Il appris à la fermer pour la première fois s'il ne voulait pas finir accroché à un moteur ou à un crochet. Au début cela l'avait fait beaucoup rire, jusqu'à qu'il passe toute une journée ainsi pendu. Il n'avait pas réitéré l'expérience et lorsque Cléon disait 'ta gueule', il la fermait à double tour et s'asseyait en attendant qu'on lui dise quelle clef hydraulique le grand Saigneur avait besoin.

Ce fut également Cléon qui prit pour habitude de l'envoyer aux courses lorsque Koz n'employait pas déjà le gamin - autant Veg adorait voir son père travailler et l'aider, autant il avait besoin des fois de jouer et de souffler et allait souvent se réfugier chez Cléon ou chez des filles de joies, Ozur et les Triplettes auraient trop rapidement signalé sa présence et son emplacement au patriarche. Veg courait alors de rues en rues avec un message pour différents Saigneurs ou habitants. Il ne se chargeait que rarement des messages sensibles, il était bien trop jeune pour qu'on lui confie également un message important sans risquer qu'il se répande ou qu'il ne l'oublie - cela viendrait plus tard. Comme le gamin ne savait pas lire, ni même écrire... à peine déchiffrer quelques signes connus, Cléon utilisait la mémoire d'éléphant de l'enfant et l'envoyait courir. Lorsqu'il avait besoin d'une batterie, d'un outil ou de quelqu'un, il lui confiait un datapad où les signes étaient écris et le gamin partait à la recherche de la même suite logique.

Parfois il s'agissait moins de l'occuper que de lui donner quelque chose d'utile à faire. Mais en des occasions, le Saigneur utilisait l'enfant pour des tâches plus importantes que messager. Veg rencontra en face à face Avaine pour la première fois car Cléon l'avait fait appeler. Lâchant la batterie qu'il vérifiait et abandonnant son frère à la recharge de datapads, il partit d'un bon pas rejoindre le technicien et fit face à un homme complètement vêtu d'une armure, en métal, sans éraflures, qui semblait d'un bloc et non pas de morceaux épars ramassés ici et là. Le gamin cessa de courir à la vue de cette homme et resta bouche béante quelques secondes avant de rejoindre au petit trot le Saigneur et de se placer à ses côtés. Il flancha à peine lorsque la main noir de crasse et d'huile lui ébouriffa les cheveux et qu'il fut poussé vers ce qui semblait être une armure, juste une armure.

Le casque baissa alors la tête vers lui et le gamin glapit avant de commencer à bafouiller tout un tas de questions. Plus le flot de paroles s'intensifiait, plus l'enfant retrouvait en assurance et il se retrouva rapidement à tourner autour de l'homme à admirer les plaques et les jointures. Il ne cessa de bouger uniquement lorsqu'un 'ta gueule' de Cléon le rappela à l'ordre. Il revint se placer devant l'homme avec un immense sourire et croisa ses mains dans le dos, reniflant un peu de morve mal mouchée et le regard espiègle.

Avaine était un mercenaire, dans le genre à ne pas rigoler et aimer le travail bien fait. Il travaillait souvent en collaboration avec Velours, une femme qui mit plus d'une fois une baffe au blondinet lorsqu'il l'ouvrait trop longtemps. Veg leur servait de guide dans les ruelles du fond, il gardait un œil ouvert pour eux et en échange recevait quelques crédits faciles. Les deux mercenaires connaissaient Nar Shaddaa et venaient de Nal Hutta, mais il était plus facile selon eux d'avoir un enfant employé qu'un adulte, le gamin était moins gourmand et plus facilement éliminable. C'est ce qu'ils disaient, bien sûr. Veg ne doutait pas un seul instant de la capacité d'Avaine de le faire, mais Velours avait souvent cette façon de passer une main dans les cheveux du petit garçon lorsqu'il leur expliquait un itinéraire et qu'il s'avérait juste. Mais ce geste affectueux n'aurait jamais empêché à l'enfant de douter que s'il avait fallu, la mercenaire lui aurait brisé la nuque sans plus de mots.

Veg appris à les connaitre et continua à travailler pour eux de nombreuses années. Lorsqu'ils vinrent s'installer sur la lune des contrebandiers, il fit même la connaissance de trois gosses que Velours avait eu. En ce qui concernait la paternité d'Avaine sur ceux-ci, il était plus difficile de le savoir. Le blond avait presque le même âge que le second, le troisième se rapprochait plus de sa soeur et le première de son frère. Veg s'entendait plutôt bien avec eux, dans les bons jours. Le cadet était le préféré d'Avaine, et le seul qui lui ressembla vraiment. Il l'élevait comme un soldat, un dur et ne laissait aux autres aucun espace. Et pourtant le gamin avait cette fâcheuse tendance à suivre l'aîné, Vez qu'on le nommait. Ou Boumboum en référence à un incident regrettable qui avait fait beaucoup rire la plupart des voisins.

Toujours est-il que Koz prenait plutôt bien que Veg revienne à la maison avec des piécettes en plus et s'en servait pour améliorer tranquillement son quotidien - et globalement celui de toute la famille puisqu'ainsi ils n'avaient pas à subir ses crises de mauvaise humeur. De plus, cela améliorait leurs relations et permettait au cadet de se placer doucement pour gagner de l'argent et se faire des relations. Koz pouvait mieux vendre ses trouvailles et ses objets réparés à Cléon et celui-ci s'arrangeait pour qu'il n'y ait pas trop de concurrence. Tout le monde était gagnant dans l'histoire;
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MessageSujet: Re: L'alcool tue lentement. On s'en fout, on n'est pas pressés.   Mar 18 Nov - 23:24


Comment parler quand on a plus le langage ? Comment s'exprimer lorsqu'on ne sait pas écrire ? Comment comprendre et recopier quand on ne sait pas lire ? Veg n'avait ni la parole, ni l'écrit et il avait peur, il était terrorisé. Comment dire à quelqu'un qu'on ne voulait pas de quelque chose ? Qu'on avait peur ? Qu'on avait peur de souffrir, de retomber dans la chute et la déchéance dans laquelle il était tombé il y'a de cela 4 ans lorsque son frère l'avait attaché pour qu'il ne se fasse pas mal ou qu'il ne fasse de mal à personne ? Et surtout qu'il avait peur de l'après, peur de retomber encore plus bas qu'il n'avait été jusqu'ici ? Était-ce réellement possible ?

Il ne voyait pas comment faire pire, mais il n'avait jamais eu une imagination très développée. Il aurait tellement souhaité que tout cela ne soit qu'un mauvais rêve, qu'il se réveille d'un lendemain de cuite, la tête sur le ventre d'une fille de cantina, sa main impeccable et son uniforme des Saigneurs toujours sur son dos. Au moins à ce moment là il pouvait encore parler et pas baragouiner quelques sons inarticulés. Il n'avait pas l'impression qu'on lui mettait un coup de poing à chaque fois qu'il ouvrait trop grand la mâchoire, pas l'impression d'étouffer en lui même.

Ce n'était pas la souffrance en lui même qui lui faisait peur. Mal il avait l'habitude, il avait tout le temps mal. Sa main, son visage, ses côtes... son cœur ? Quel drôle de petit cœur il avait là. Lui qui pensait ne plus en avoir. Voilà que deux filles, deux femmes.. Qu'il avait égoïstement chassé. Il avait aimé Kir'hu, peut-être plus par défaut qu'autre chose. Il avait détesté Khamsin, il l'avait haït pour tout ce qu'elle avait et lui n'avait jamais eu. Mais elle avait toujours été là. Même à l'hôpital elle était venu, même contre l'autre tête en l'air qu'était son frère. Et il l'avait chassé, l'avait repoussé.

Parce que là encore il avait peur. Elle l'avait vu sous un tas de jours, mais sous un état de manque, il ne voulait pas. Il savait ce que cela faisait et il savait qu'il aurait été encore plus odieux qu'il ne l'aurait été là en la repoussant. S'il avait encore eu la parole. Putain il avait pu en voir des gars en manque dans les rues de Nar Shaddaa, il en avait même charcuté quelques uns pour mauvais payement. Il savait qu'il l'avait été et il ne voulait absolument pas qu'elle le voit sous cet œil là. Même si elle savait qu'il avait été un des plus gros connards, un monstre, un assassin. Elle avait été choquée, elle l'avait repoussé. Et pourtant elle était resté à l'hôpital... ou était-ce tout simplement par culpabilité ?...

Il n'était plus que chagrin et douleur, son corps quémandant sans cesse de l'alcool. Veg avait brûlé la vie de tous les côtés, prenant tout ce qu'elle lui tendait d'illégal et l'utilisant autant que son corps pouvait le supporter. Il avait chaud, il avait froid. Il avait tellement envie de pleurer. Noyer son chagrin dans les bras réconfortant de l'alcool. Lui au moins ne lui avait jamais fait défaut. Lui n'était pas partie, ne le jugeait pas et il avait toujours l'impression d'être au chaud dans ses bras. Comme dans ceux de Khamsin.

Kir'hu était gentille mais il ne lui aurait jamais confié ses secrets. Il l'avait fait avec Khamsin, n'en pouvant plus d'être considéré comme ce qu'il n'était pas. Peut-être pour ne pas avoir mal quand elle le repousserait, quand il devrait partir avec Vez, peut-être pour la tester. Mais maintenant tout cela lui paraissait tellement dérisoire. Il avait mal. Mal au cœur, mal au corps.

Où était Cropette ? Pourquoi l'avait-il perdu lui aussi ? Son bijou. On l'avait privé de tout, comme si un dieu s'amusait à viser un à un tout ce qui lui importait et les lui arracher avec une sorte de petit rire satisfait. D'abord l'argent, sa place, sa famille, sa main, son chez lui... le mener en bateau, Cropette, sa voix. Puis son cœur. Arraché et brisé en milles morceaux par le maillet de l'amour. Lui qui avait toujours considéré 'l'amour' comme une connerie. Voilà qu'il avait l'impression d'avoir été frappé en plein visage avec.

Il l'aimait. Et il avait encore  tout gâché. Comme s'il tout ce qu'il touchait se brisait. Ses amitiés, ses amours. Pourquoi continuer à s'attacher aux gens, aux choses ? Pourquoi faire cela ? Il avait passé tellement de temps à poser cette question. Et pour une fois il avait l'impression d'effleurer la réponse du doigt : parce qu'on est bien avec eux. Parce qu'on se sent utile, aimé. Parce que. Parce qu'il avait encore tout gâché. Les remords l'étouffaient. S'il avait pu parler, il aurait eu des tas de choses à dire. Des excuses pour le monde entier. Des excuses pour Rio le petit zabrak à qui il avait volé un cœur, à Ostie la jeune twi'lek avec qui il avait partagé plus d'un lit et qu'il avait éventré au fond d'une ruelle en chialant toutes les larmes de son corps pour que son système digestif remplace celui de la twi'lek préféré d'un quelconque Hutt qu'il ne connaissait pas, à Asa sa sœur qu'il avait regardé mourir sans rien faire et en se rassurant en se disant qu'il avait torturé ses agresseurs. Des excuses à Kidor, à Corainte, à Fiks, à Nytzer, à Nik, à son père, à sa mère, à Khamsin et à tellement d'autres.

Mais surtout à Khamsin.

Ce fut quelques jours horribles qu'il passa entre délire et douleur, quand il ne s'endormait pas entre deux vomissments et crises de larmes. Il suppliait qui voulait bien l'écouter, personne, personne ne voulait l'écouter, il suppliait même le balayeur de lui donner un peu d'alcool. Rien qu'une gorgée. Mais personne ne l'écoutait. Il se débattait. Il leur en voulait, il en voulait au monde entier. Il en voulait à Vez d'être parti sans lui, de lui avoir ravi Cropette. Il en voulait à Nik de l'avoir laissé vivre. Il en voulait à Byggvir et Kir'hu de l'avoir 'sauvé' et condamné. Il en voulait à Khamsin de l'avoir amené ici, de le faire souffrir, de le forcer à se 'purger'. De l'avoir abandonné alors qu'il avait tout fait pour. Il s'en voulait à lui.

Alors il fit la seule chose qu'il savait encore faire. Se réfugier dans l'oubli. Même éphémère. Du sexe, purement du sexe. On a pas besoin de parler pour baiser. On a pas besoin de s'exprimer, d'être diplômé ou d'être noble. Mais le sexe ne le faisait pas dormir. Ne le rendait pas plus heureux. Il voulait être heureux. Il voulait arrêter d'avoir mal. Alors il chercha à se faire mal autrement pour oublier la douleur au cœur. Mais il avait déjà essayé ça et ça n'avait pas fonctionné avant, cela n'avait entraîné que plus de douleurs. Du genre de douleurs qu'il n'aimait pas, qu'il ne comprenait pas.

Tais-toi mon cœur.

Il aurait dû aller voir un orthophoniste pour ré-apprendre à parler. Mais il avait encore et toujours peur. A quoi bon de toute façon ? Et avec quel argent ? Et pour qui ? Il n'avait pas besoin de parler pour ce qu'il faisait. Il essayait de se persuader. Et pourtant à chaque fois qu'il ouvrait la bouche et qu'un croassement inarticulé sortait à la place de ce qu'il voulait dire … cela lui déchirait les entrailles. Il se sentait tellement inutile et impuissant qu'il avait envie d'en finir, de se prostrer sur le sol et d'attendre que la mort fasse son œuvre. De se droguer au point d'en faire une overdose. Mais il n'était pas courageux, pas pour ça. Il était stupide, il aimait avoir mal, mais il avait peur de cette douleur là. Ou de l'absence de douleur qu'il imaginait.

Alors dès qu'il pu quitter sa chambre, il le fit. Emportant tout ce qui lui restait... quelques habits tâchés de sang et le datapad de Khamsin. Sans voix, sans argent et sans avenir. Cela le fit beaucoup rire. Tout seul. Les gens se retournaient. Il en avait rien à faire. Il se laissa tomber une fois hors de vue de l'hôpital et vomit de la bile. Il pleura aussi, les mains crispées dans les cheveux à fixer le sol. Le corps secoué de spasmes et de tremblements. Il voulait aller boire, se droguer, il voulait retourner sur Nar Shaddaa. Mais il voulait revoir Khamsin. Pouvoir se pelotonner dans ses bras. Là il se sentait en sécurité, il se sentait bien. Mais elle n'était jamais revenue. Elle avait sûrement suivi les conseils de son frère. Après tout, avait-il probablement raison : il était simplet, inutile à la société, il n'avait cherché qu'à se faire de l'argent.

Il se persuada de cela quelques heures. Mais cela lui faisait encore plus mal que de penser aux vivisections ou à sa sœur. Ses vêtements avec le sang à moitié parti et séché incrusté dans ses vêtements, il faisait peur aux passants. Ses cheveux blonds toujours mal coiffés, ses cicatrices, ses yeux creusés par la fatigue. Il quitta la ville pour errer dans les champs de fleurs. Il hésita à poursuivre vers la falaise, mais il n'était pas courageux. Il avait peur. Alors il se dirigea vers la forêt. Peut-être qu'un chat manka assez énervé aurait assez faim pour s'attaquer à sa chair sans saveur ? Il s'endormit plusieurs fois en route, mais parvint après quelques mauvais détours à retrouver le chemin que lui avait montré Khamsin. Cropette aurait été bien utile à ce moment là.

Cela lui fit lâcher quelques autres larmes de rage. De toute façon il n'y avait plus personne pour les voir. Il avait ramassé sur tout le chemin un tas grandissant de fleurs multicolores qu'il tenait convulsivement entre ses doigts fatigués. Il rampa comme il pu en reniflant, éternuant une ou deux fois, les yeux humides à cause du pollen et des larmes versées. Il voulait juste voir une dernière fois l'endroit.
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L'alcool tue lentement. On s'en fout, on n'est pas pressés.
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